Roch Carrier’s “Le chandail de hockey” / “The hockey sweater”: Canada’s Ol’ Time Religion

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Religious fanaticism is rare in Canada, except for our devotion to the ice-hot God of Hockey – most especially for boys (and even girls) who grew up in Ontario and Québec.  Fans of NHL games have soured on the sport as a “professional” manifestation, what with a decade of crassly-deliberate violence on the ice, not to mention the current “lock-out” making 2012-2013 a lost season.  But the game itself, played by amateurs lucky enough to be skating on an outdoor rink, perhaps even under a starry sky, remains crisp, clear, good fun.

It’s Christmas Day…so we present to our readers the first page of Roch Carrier’s classic 1979 children’s story, The Hockey Sweater, here translated from French into English by Sheila Fischman:

The winters of my childhood were long, long seasons.  We lived in three places – the school, the church, and the skating-rink – but our real life was on the skating-rink.  Real battles were won on the rink, real strength appeared on the rink.  The real leaders showed themselves on the skating-rink.

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School was a sort of punishment.  Parents always want to punish their children and school is their most natural way of punishing us.  However, school was also a quiet place where we could prepare for the next hockey game, lay out our next strategies.

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As for church, we found there the tranquility of God:  there we forgot school and dreamed about the next hockey game.  Through our daydreams it might happen that we would recite a prayer:  we would ask God to help us play as well as Maurice Richard *…

ZP_Zócalo Poets’ editor laces up for a go-round the rink...

ZP_Zócalo Poets’ editor laces up for a go-round the rink…

Carrier’s first page in its original French:

Les hivers de mon enfance étaient des saisons longues, longues. Nous vivions en trois lieux :  l’école, l’église et la patinoire : mais la vraie vie était sur la patinoire. Les vrais combats se gagnaient sur la patinoire.  La vraie force apparaissait sur la patinoire. Les vrais chefs se manifestaient sur la patinoire.

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L’école était une sorte de punition.  Les parents ont toujours envie de punir les enfants et l’école était leur façon la plus naturelle de nous punir. De plus, l’école était un endroit tranquille où l’on pouvait préparer les prochaines parties de hockey, dessiner les prochaines stratégies.

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Quant à l’église, nous trouvions là le repos de Dieu : on y oubliait l’école et l’on rêvait à la prochaine partie de hockey. A travers nos rêveries, il nous arrivait de réciter une prière : c’était pour demander à Dieu de nous aider à jouer aussi bien que Maurice Richard…

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* Maurice ‘ The Rocket ‘ Richard (born Montréal, Québec, 1921-2000) was one of the early stars of professional hockey, playing for the Montréal Canadiens (The Habs) between 1942 and 1960.  He was the first to score fifty goals in fifty games, and did so during the 1944-45 NHL season.

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Poèmes de l’Angola et du Mozambique: Neto, Nogar, Rocha, Tavares et White

 

Agostinho Neto

(1922-1979, Angola)

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Nuit

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Je vis

dans les quartiers sombres du monde

sans lumière et sans vie.

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Je marche dans les rues

à tâtons

appuyé sur mes rêves vagues

trébuchant sur l’esclavage

dans mon désir d’être.

.

Ce sont des quartiers d’esclaves

des mondes de misère

des quartiers sombres.

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Où les volontés se sont diluées

et où les hommes se sont confondus

avec les choses.

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Je marche en tâtonnant

dans les rues sans lumière

inconnues

encombrées de mystique et de terreur

bras dessus bras dessous avec les fantômes.

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La nuit aussi est sombre.

 

 

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Traduit du portugais par Jean-Michel Massa

 

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Rui Nogar

(1935-1993, Mozambique)

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Altruisme (au nom de Lavoisier)

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Je veux mourir

en temps voulu

.

avec un cercueil de plomb

des larmes familiales

et un cadavre symétrique

.

mais un prêtre non              mère

prends patience

le ciel que tu me destinais

sera le sol qui m’accueillera

.

et quand personne

ne fera attention

et que le plomb se fatiguera de la géométrie

et que tous me trouveront inutile

.

je retournerai à la terre                    en douceur

et                 de plein gré

de plein gré                           je vous le jure

.

Je rassasierai

des milliers de parasites

.

ceci             pour qu’on ne dise pas

que je n’ai servi à rien.

 

 

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Traduit du portugais par Marie-Claire Vromans

 

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Jofre Rocha

(né en 1941, Angola)

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Poème du Retour

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Quand je rentrerai du pays de l’exil et du silence,

ne m’apportez pas de fleurs.

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Apportez-moi plutôt toutes les rosées,

larmes d’aurores qui ont accompagné les drames.

Apportez-moi l’immense faim d’amour

et la plainte des sexes turgescents dans la nuit constellée.

Apportez-moi la longue nuit d’insomnie

des mères pleurant leurs bras vides d’enfants.

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Quand je rentrerai du pays de l’exil et du silence,

non, ne m’apportez pas de fleurs…

.

Apportez-mois seulement, oh oui,

l’ultime désir des héros tombés à l’aube

une pierre sans ailes dans la main

et un filet de colère s’échappant de leurs yeux.

 

 

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Traduit du portugais par Michel Laban

 

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Paula Tavares

(neé en 1952, Angola)

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“Les choses délicates se traitent avec soin.”

(Philosophie de Cabinda)

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Tu m’as désossée…

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Tu m’as désossée

soigneusement

m’inscrivant

dans ton univers

comme une blessure

une prothèse parfaite

maudite nécessaire

tu as détourné mes veines

pour qu’elles se vident

dans les tiennes

irrémédiablement

en toi un demi-poumon respire

l’autre, que je sache

existe à peine

.

Aujourd’hui je me suis levée tôt

j’ai enduit de “tacula” * et d’eau froide

mon corps enflammé

je ne battrai pas le beurre

je ne mettrai pas la ceinture

J’IRAI

vers le sud sauter l’enclos.

 

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“tacula” * – poudre rouge utilisée comme cosmétique

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Traduit du portugais par Michel Labon

 

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Eduardo White

(né en 1963, Mozambique)

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Nous sommes vieux.

Je suis vieux, émasculé.

Mais peut-être l’enthousiasme par lequel cet amour

a commencé

n’a-t-il maintenant plus d’importance,

pas plus peut-être que

l’office des corps,

le feu, l’eau, la vigueur;

et l’amour, mis en retraite

de tout cela,

vit maintenant de l’amitié

de ces deux vieux animaux

que nous sommes

si avertis.

.

Ce n’est pas de chanter qu’il vivra,

ni de se donner,

ni d’exister,

mais d’avoir fait

tout cela.

 

 

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Traduit du portugais par Michel Laban

*

Poèmes d’une anthologie de l’éditeur Bernard Magnier

© les poètes eux-mêmes – ou leurs ayants droit


” Cette liberté d’écrire est une force étrange! ” : Six poètes du Nigeria

 

John Pepper Bekederemo Clark

(né en 1935)

Abiku*

*(Selon une croyance Yoruba, l’Abiku est

l’enfant qui ne cesse de mourir et renaître.)

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Tu vas tu viens depuis tant de saisons

Reste donc dehors sur le baobab

Suis où tu veux tes esprits familiers

Si la maison ne peut pas tu suffire.

C’est vrai, elle fuit, le chaume

Laisse passer le flot lorsqu’il déborde

Et les chauves-souris, les chouettes

Souvent la nuit s’engouffrent sous le toit.

Et quand vient l’harmattan les parois de bambou

Sont toutes prêtes pour le feu

Qui sèche le poisson sur les claies.

Elle a été pourtant la réserve salubre

De bien des doigts, et tant d’autres viendront

Tendus vers le soleil.

Cesse donc enfin d’enjamber notre seuil

Entre et demeure pour de bon.

Nous le savons, les cicatrices

Qui te strient le ventre et le dos

Comme par le bec de l’espadon

Et tes deux oreilles marquées

Comme d’un esclave domestique

Sont les traces de tes premiers passages.

Alors entre, entre pour de bon

Car ta mère a le corps fatigué

Fatigué, et le lait a surgi

Où tant de bouches réjouissent le coeur.

 

 

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Traduit de l’anglais par Etienne Galle

 

*

 

Ewi Adebayo Faleti

(né en 1935)

Le Silence du Poète

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Le jour où vous voyez un poète qui se tait

Ne soyez pas fâchés, il parle en son coeur.

Le jour où vous rencontrez un poète qui ne parle pas,

Ne soyez pas fâchés, il parle en son coeur.

Mais qui connaît les pensées du poète?

Qui peut connaître les pensées dans le coeur du sage?

Qui peut connaître le chant au bord des lèvres du chanteur?

L’eau qui n’impressionne pas le fermier,

Peut atteindre le coeur du poète, devenir océan,

Elle peut atteindre le coeur du poète, devenir lagune.

El la tempête qui connaît l’océan et la lagune,

Peut atteindre le coeur du poète

Et devenir brise.

Le coeur du poète accepte la lie,

Et il accepte le limon

Et l’eau claire de la source.

Mais si vous rencontrez un poète

Qui a la tête a l’envers et se tait

Ne soyez pas fâchés, ne dites pas de mal de lui.

En son coeur, le poete parle.

 

 

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Traduit de Yoruba par Michka Sachnine

 

*

 

Onuora Ossie Enekwe

(1942 – 2010)

Avant la Guerre

.

Bêtes de la jungle

aux ongles de feu

surgissant bondissant

morsure et mare de sang

Dans la cité

langues d’acide

visages de flamme

regards de braise

Le poison pullule

au coeur de la nuit

les sorcières et les vautours copulent.

 

.     .     .

 

Après la Guerre

.

Dans la sombre cité des morts

par les rues solitaires

les chiens aboient sur les ombres rampantes

Par-dessus la rivière des murmures

le vent hurle ses saluts

Sous un lit

du village désert

un cadavre criblé de balles

mûrit ses os.

 

.

Traduit de l’anglais par Etienne Galle

.     .     .     .     .

 

 

Dan Anace

Shago

.

Le monde est un lieu où on laisse les autres

le monde est la danse des filles

celui qui est devant s’en va derrière

à l’heure du champion il n’y a qu’un champion

à l’heure des uns il n’y en a pas d’autres

un jour, par Allah, un autre jour

ce sera les autres, ce ne sera plus nous

et même si nous sommes là, ce sera sans force

et nous serons assis à côté de l’arène

et nous nous contenterons de crier

ce monde m’est doux aujourd’hui

ce monde un autre jour me sera amer

alors je serai mort ou vieillissant

un jour tu me verras incapable de jouer

les jours passent

Allah mène le jeu

par Allah, un jour, un autre jour

les jours passent, un homme s’en est allé

d’autres jours passent, un homme s’en est allé

et tu entends les proches qui pleurent

et c’est le jour où l’on partage ses biens.

 

 

.

Traduit du Haoussa par Etienne Galle

 

*

 

Regina Eziagulu Obakhena

Calamité

.

Tout comme la rosée sur la montagne

Tout comme l’écume sur la lessive

Tout comme l’inondation

Tout comme la tornade

Tout comme les pluies torrentielles

La Véracité s’en est allée

Les humains sont devenus des bêtes dans l’énorme forêt.

 

.     .     .

 

Le Bon Roi

.

Le roi te demande de parler

De dire ce qui est bon pour l’oie et pour le jars

La joie du peuple est la probité du roi

Notre roi l’a promis:

“La buse se perchera,

L’aigle se perchera”.

Le village qui aime le roi aime Dieu

Le village qui combat pour le roi combat pour Dieu

Le roi qui aime ses sujets pleure la mort du plébéian.

 

 

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Traduit d’après une traduction anglaise de l’auteur

par Etienne Galle

 

*

 

Onookme Okome

(né en 1960)

Mon coeur a dit des choses

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Cette liberté d’écrire est une étrange force!

Soudain sur une étrange idée suppliant

j’entends s’ouvrir un coeur,

puis choir prudentes les pages réprimées

du coeur,

je vois un peuple perdu dans la contrainte des choses

sans espoir, et je sais:

.

le silence en mon coeur a dit des choses

que je n’ai pas notées au registre sénatorial:

Je me rappelle la dernière saison, nous récoltions

les rires déchaînés dans les granges, maintenant

les poutres sont désertes;  remplies de visages abattus.

.

Cette liberté d’écrire est une force étrange!

La légèreté de l’être m’entraîne

en cette folie

qui me laisse libre d’écrire.

 

 

.

Traduit de l’anglais par Etienne Galle

 

.     .     .     .     .

Tous les poèmes:  d’une anthologie par Bernard Magnier

© :  les auteurs des poèmes – ou leurs ayants droit


The Face of Summer: ひまわり Tornasol Sunflower Tournesol Girasole Girassol ひまわり

 

Mang Ke (1950 – )

Sunflower in the Sun (Excerpt)

 

きみは見たのか

陽光の中のあのひまわりを

見たまえ、うつむくこともなく

頭(こうべ)をうしろにふり向け

そっぽをむいてしまった

まるで一口に

あの頸にかけられた

あの太陽の手に引っ張られている縄を

噛み切ろうとするかのように

きみは見たのか

あの頭をもたげ

太陽に怒りの視線をなげかえすひまわりを

その首は太陽をさえぎるほど

その首はたとえ太陽のない時でも

やはり光の束を輝き放っている ….. …..

 

*

 

Mang Ke

Sunflower in the Sun (excerpt)

 

Do you see?

Do you see that sunflower in the sun?

You see, it didn’t bow its head

But turned its head back

As if to bite through

The rope around its neck

Held by the sun’s hands.

*

Do you see it?

Do you see that sunflower, raising its head

Glaring at the sun?

Its head almost eclipses the sun

Yet even when there is no sun

Its head still glows. …..  …..

 

 

 

Anónima

Invocación (un extracto)

 

Quédate bajo el brillo tornasol

o arrástrame

a tu sombría transparencia

Murciélago de luz

que sabe tanto de volar

como de sueño

agarrado

del techo

y de cabeza hacia la oscuridad.

Quédate bajo el brillo tornasol y arrástrame

a tu sombría transparencia

Soy sólo yo, a contracorriente

sólo mi corazón,

piedra vertiginosa

que rueda.

 

 

 

Dale Harris (New Mexico, USA)

Manzano Sunflowers

 

You missed Indian Market

And of course the sunflowers.

As usual they swept across August

At first a few, a yellow trickle along the fence line

Then more, making pools in the pasture

And splashing down into the “arroyo”

Then, incredibly many more,

Dappling the distance,

As though a giant hand had buttered the land.

*

Yet with the entire prairie to expand into,

They prefer crowds of themselves

They mass along the roadside,

Lined up as though a parade were about to pass.

Here and there one stands alone,

But not for long.

Soon his kin will come

And there will be sunflower squalor,

There will be sunflower squalor, a floral slum.

*

Once they are out,

They will not be ignored.

Stretching their skinny stalks,

They top our roof-line,

Press against the window screens,

And peep in at the door.

Familiar foot paths to the out buildings are obscured,

And from the road we seem afloat,

Our cabin, an odd tin boat

In a sea of sunflower faces.

*

They are the most staccato of flowers.

I catch them humming snatches of polkas

And John Philip Sousa marches,

Bobbing in the wind to the Boogaloo,

The Boogie Woogie and the Lindy Hop.

I call their names,

Clem, Clarissa, Sarah Jane

To try and tame them.

*

My neighbour comes by.

She has a field full

They’re useless, she complains.

Her horses can’t eat them.

I should hope not!  I exclaim,

After she’s gone.

*

I don’t remember if you even liked sunflowers

But you liked Life

And they are all about that.

Today I wrote to your family, finally.

I expect they are occupying themselves,

With beautiful gestures

In order to get over the grief of you.

As for me, I have sunflowers…

 

 

Michèle Corti

Tournesol

 

Vieille fleur du Pérou au bel astre pareil,

Sunflower, Sonnenblume, Girasol, Girassole

L’oiseau trouve un abri sous ton grand parasol,

Au plus chaud de l’été, éclosent tes merveilles.

*

“Hélianthus annuus” ou même “grand soleil”

Tu envahis les champs de mille têtes fières

Qui rebrodent d’or pur notre dame la Terre

Frissonnante d’azur, émeraude et vermeil.

*

De ton coeur irradié par l’astre solennel

Va couler la douceur d’une huile flavescente

Radieux tournesol, sur ta tige puissante

Tu règnes glorieux, et parais éternel !

*

La folie de Vincent a cru, dans tes pétales

Entrevoir les grands feux d’un lointain paradis

Tu as su fasciner le grand peintre maudit

Qui, au milieu des champs recherchait les étoiles…

 

 

 

Eugenio Montale (1896-1981)

Portami il girasole ch’io lo trapianti

 

Portami il girasole ch’io lo trapianti

nel mio terreno bruciato dal salino,

e mostri tutto il giorno agli azzurri specchianti

del cielo l’ansietà del suo volto giallino.

*

Tendono alla chiarità le cose oscure,

si esauriscono i corpi in un fluire

di tinte: queste in musiche. Svanire

è dunque la ventura delle venture.

*

Portami tu la pianta che conduce

dove sorgono bionde trasparenze

e vapora la vita quale essenza;

portami il girasole impazzito di luce.

 

 

 

Lô Borges e Márcio Borges

Um Girassol da Cor do Seu Cabelo

(Letras cantada por Milton Nascimento)

 

Vento solar e estrelas do mar

a terra azul da cor de seu vestido

vento solar e estrelas do mar

você ainda quer morar comigo.

*

Se eu cantar não chore não

é só poesia

eu só preciso ter você por mais um dia

ainda gosto de dançar, bom dia,

como vai você?

*

Sol, girassol, verde vento solar

você ainda quer morar comigo

vento solar e estrelas do mar

você ainda quer morar comigo.

 

 

 

芝不器男   Fukio Shiba  (1903-1930)

Sunflower Haiku

 

向日葵の蕊(しべ)を見るとき海消えし

Looking into the sunflower’s centre,

the sea has disappeared.


The Voice of Summer: セミ Cigarra Cicada Cigale Cicala Cigarra セミ

Matsuo Bashō (1644-1694)

セミ

 

静けさや

岩に滲み入る

蝉の声

shizukesaya

iwa ni shimiiru

semi no koe

utter silence

penetrating the rocks

the cicada’s voice

 

 

 

María Elena Walsh (1930-2011)

Como la Cigarra

 

Tantas veces me mataron,

tantas veces me morí,

sin embargo estoy aqui

resucitando.

Gracias doy a la desgracia

y a la mano con puñal

porque me mató tan mal,

y seguí cantando.

*

Cantando al sol como la cigarra

después de un año bajo la tierra,

igual que sobreviviente

que vuelve de la guerra.

*

Tantas veces me borraron,

tantas desaparecí,

a mi propio entierro fui

sola y llorando.

Hice un nudo en el pañuelo

pero me olvidé después

que no era la única vez,

y volví cantando.

*

Tantas veces te mataron,

tantas resucitarás,

tantas noches pasarás

desesperando.

A la hora del naufragio

y la de la oscuridad

alguien te rescatará

para ir cantando.

 

 

 

Roderic Quinn (Australia, 1867-1949)

The Song of the Cicadas

 

Yesterday there came to me

from a green and graceful tree

as I loitered listlessly

nothing doing, nothing caring,

light and warmth and fragrance sharing

with the butterfly and the bee,

while the sapling-tops a-glisten

danced and trembled, wild and willing

such a sudden sylvan shrilling

that I could not choose but listen

Green Cicadas, Black Cicadas,

happy in the gracious weather,

Floury-baker, Double-Drummer,

all as one and all together,

how they voiced the golden summer.

*

Stealing back there came to me

as I loitered listlessly

‘neath the green and graceful tree,

nothing doing, nothing caring,

boyhood moments spent in sharing

with the butterfly and the bee

youth and freedom, warmth and glamour

while Cicadas round me shrilling,

set the sleepy noontide thrilling

with their keen insistent clamour.

*

Green Cicadas, Black cicadas,

happy in the gracious weather

Floury-bakers, double-drummers

all as one and all together—

how they voice the bygone summers!

 

 

 

Marcel Pagnol (1895-1974)

La Cigale

 

Le soleil fendille la terre,

Aucun bruit ne trouble les champs;

On n’entend plus les joyeux chants

Des oiseaux qui chantaient naguère.

Tous par la chaleur assoupis

Sous les buissons se sont tapis.

Seule une cigale est sur l’aire.

*

Son ventre sonore se meut;

Sur une gerbe elle est posée;

Seule elle n’est point épuisée

Par l’astre à l’haleine de feu.

Et la chanteuse infatigable

Jette dans l’air brûlant et bleu

Sa ritournelle interminable.

 

 

 

Francesco Fabris Manini

La Cicala

 

La cicala del mattino frinisce

E mi sveglia su una tazzina di caffè

Bisbigliando gracili parole su ascolti assonnati

Di spettinati pensieri.

L’uscio s’apre al giorno con forzati ardori

Che dissolverà la sera sui passi

Di un solitario ritorno.

 

 

 

Olegário Mariano (1889-1958)

A Última Cigarra

 

Todas cantaram para mim. A ouvi-las,

Purifiquei meu sonho adolescente,

Quando a vida corria doidamente

Como um regato de águas intranqüilas.

*

Diante da luz do sol que eu tinha em frente,

Escancarei os braços e as pupilas.

Cigarras que eu amei! Para possui-las,

Sofri na vida como pouca gente.

*

E veio o outono… Por que veio o outono ?

Prata nos meus cabelos… Abandono…

Deserta a estrada… Quanta folha morta!

*

Mas, no esplendor do derradeiro poente,

Uma nova cigarra, diferente;

Como um raio de sol, bateu-me à porta.

 

 

正岡 子規   Masaoka Shiki (1867-1902)

セミ

 

tsuku tsuku boshi / tsuku tsuku boshi / bakari nari

nothing but

cic-cic-cicada

cic-cic-cicada


Le pizzazz de Josephine Baker: “Si J’étais Blanche” / Josephine Baker’s pizzazz: “If I were White”

 

Si J’étais Blanche (1932)

 

 

Je voudrais être blanche

Pour moi quel bonheur

Si mes seins et mes hanches

Changent de couleur

*

Les Parisiens à Juan-les-Pins

Se faisaient gloire

Au soleil d’exposer leurs reins

Pour être Noires

*

Moi pour être blanche

J’allais me roulant

Parmi les avalanches

En haut du Mont Blanc

*

Ce stratagème

Donne un petit rigole

J’avais l’air dans la crème

D’un petit pruneau

*

Étant petite, avec chagrin,

J’admirais dans les magasins

La teinte pâle de poupées blondes

J’aurais voulu leur ressembler

Et je disais à l’air accablé

Me croyant toute seule brune au monde

*

Moi, si j’étais Blanche

Sachez que mon bonheur

Qui près de vous s’épanche

Garderait sa couleur

*

Au soleil c’est par l’extérieur

Que l’on se dore

Moi c’est la flamme de mon cœur

Qui me colore

*

Et si ma figure

Mon corps sont brunis

C’est parce que la nature

Me voulait ainsi

*

Mais je suis franche,

Dites-moi, Messieurs:

Faut-il que je sois Blanche

Pour vous plaire mieux ?

 

_____

 

If I were White (1932)

 

 

I’d like to be White

What a joy it would be

If my breasts and my thighs

Changed colour for me

*

The Parisians at  * Juan-les-Pins

Grant themselves glory,

Get sun on their backs

So they can be  Blacks

*

To make myself White

I went to the Alps

And rolled in an avalanche

At the peak of   ** Mont Blanc

*

My strategy

Played a joke on me

– I seemed like a prune

In a blanket of cream

*

As a little girl I looked with ‘chagrin’

At the blonde dolls in stores

With their pale skin

I’d’ve liked to look like them,

And I’d say, overwhelmed:

I believe I’m the only brown girl in the world.

*

Me, if I were White,

Know that my happiness,

Which next to you flows,

Would keep its hue

*

Others by the sun

Get their golden glow

But the flame in my heart

Is what colours me so

*

And if my shape

And my figure are “bronze”

It’s because Nature

Wanted me this way

*

But, gentleman, tell me,

I’m going to be frank:

To please you all better

Must I be White?

 

 

 

* Juan-les-Pins – resort town with beaches in the south of France;  during the 1920s the “place-to-be” for the brand-new “fad” of suntanning – popularized by wealthy Europeans and Americans

* *  Mont Blanc (literally, White Mountain) is snow-capped, and is the highest mountain in Europe

 

 

Josephine Baker  (1906-1975)  was born in St. Louis, Missouri, USA.   She started out in near-poverty and at 12 years old she was dancing on street corners and living the life of a street child.   Her birth coincided with the era of Ragtime and the evolution of Jazz – those first popular, native American musics that came out of Black-American life.

By the age of 16 – in 1921 – she’d made her way to New York City where the Harlem Renaissance was gathering steam.  She worked as a dancer and chorus girl in Broadway revues.  In 1925 she set out for Paris, where she became a sensation in an all-Black spectacle, La Revue Nègre.  Her athletic style of dancing, her modern sexiness and humorous facial gestures were something the French had never experienced;   she was a complete original.

There was a rage for all things “African” – mostly inaccurate – artifice for “exotic” effect – and impresarios tried to fit Baker into this mold.  But she had so much natural joie-de-vivre, so much energy and inventiveness that she was up for all of it, and she subverted many ideas about race, gender and culture.  She titillated audiences with her nudity and did the same when she wore a tuxedo and tophat with pomaded hair.  Described by literary-‘macho’ Ernest Hemingway as “the most sensational woman anyone ever saw”,  Baker also had love affairs with women such as Colette and Frida Kahlo.   Biographer Bennetta Jules-Rosette writes:  “Sidestepping the imprisonment by colonialist categories of Race through her performances, Baker transformed Race into a series of costume changes that foreshadowed the desire to be postmodern.”

She was a cheeky prankster and a clever self-promoter, using the gimmick of her pet cheetah, Chiquita – who wore a diamond collar – to enhance her “exoticism”;   Baker would release the animal – an alter-ego of sorts ! – from the stage so it could go a-prowling in the orchestra pit and slinking through the theatre.

Yet the Black-American experience of her childhood – St. Louis, like many U.S. cities, was rife with segregation, Whites-Only “laws” – placed a fierceness at the core of her exuberance.  Happily she became a French citizen in 1937, spied for France in Nazi-occupied Paris during World War II ( – Hitler’s belief in his “Master Race” included the exclusion of Blacks as well as Jews, and Baker’s husband during the 1940s was Jewish – ), receiving the Croix de Guerre, France’s highest honour.  She adopted 12 children of different races and birth-nationalities, calling them “my Rainbow Tribe”, and raised them in a fantasy-château, realizing – in France, of all places – an oh-so-American Dream of wealth and celebrity.

Baker became fluent in her adopted country’s language, but sang also in English.  We feature here one of her French “chansons” – “Si J’étais Blanche” (If I were White), from 1932 – which Baker performed in “white face”, wearing a blonde wig – an act of sophisticated minstrelsy that held up a double-mirror to the audience.

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French-to-English translation:  Alexander Best


Poème pour Dimanche des Rameaux: “L’Âne” / “The Donkey”: a poem for Palm Sunday

 

G. K. Chesterton

(1874-1936)

L’Âne

 

 

Quand les poissons volaeint et les fôrets marchaient

Et les figues poussaient sur les épines,

Lorsque la lune était sang

Á ce moment lá, je suis sûrement né.

 

Avec une tête monstrueuse et un braiement écouerant

Et les oreilles comme des ailes sans racines;

C’est la parodie marchante du Diable,

Sur ses quatre pattes.

 

Les brigands en loques de la terre,

D’ancienne volonté tordue;

M’affament, me fouettent; se moquent de moi:  je suis muet,

Je garde mon secret en silence.

 

Imbéciles! Car j’ai aussi eu mon heure;

Une heure acharnée et douce;

Il y a eu un cri près de mes oreilles,

Et des rameaux devant mes pieds.

 

 

Traduction en français / Translation from English into French:  Lidia García Garay

 

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G. K. Chesterton (1874-1936)

The Donkey

 

 

When fishes flew and forests walked

And figs grew upon thorn,

Some moment when the moon was blood

Then surely I was born.

 

With monstrous head and sickening cry

And ears like errant wings,

The devil’s walking parody

On all four-footed things.

 

The tattered outlaw of the earth,

Of ancient crooked will;

Starve, scourge, deride me:  I am dumb,

I keep my secret still.

 

Fools! For I also had my hour;

One far fierce hour and sweet:

There was a shout about my ears,

And palms before my feet.

 


Poisson d’Avril / All Fools Day

 

 

 

Un poisson d’avril

Un poisson d’avril
est venu me raconter
qu’on lui avait pris
sa jolie corde à sauter.

*

C’était un cheval
qui l’emportait sur son coeur
le long du canal
où valsaient les remorqueurs.

*

Et alors – et alors –
un serpent – un serpent –
s’est offert comm’ remplaçant
Le poisson – le poisson
très content – très content –
est parti à travers champs.

*

Il sauta si haut
qu’il s’est envolé dans l’air
il sauta si haut
qu’il est retombé dans l’eau

Boris Vian

(1920-1959)


Murielle Jassinthe: Des corps champêtres

 

Jassinthe écrit de son poème:

“Je parle de deux sans-abris toxicomanes.  N’ayant nul autre abris que les berges d’un

fleuve en ville, ils y dorment.  La solitude les isolent et les pousse à se rapprocher

physiquement.  La drogue et l’amour physique les aident à oublier le froid, la solitude,

leur être.”

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D’origine haïtienne, Murielle Jassinthe naît à Québec en 1982.

Elle poursuit une maîtrise à la Chaire de recherche du Canada en

littératures africaines et francophones à l’Université Laval où elle

œuvre en tant qu’auxiliaire de recherche.

En 2010, les Éditions Bruno Doucey publient trois de ses poèmes

au sein de l’anthologie Terre de femmes, 150 ans de poésie féminine en Haïti.

En 2011, au Lantiss (à Laval), elle y campe le double rôle d’actrice et d’assistante

à la mise en scène, matérialisant ainsi La mort de soi dans sa longue robe de Mariée,

l’une des œuvres du dramaturge haïtien contemporain Guy Régis Jr.

Aussi en 2011 – Bénéficiaire d’une bourse en création littéraire octroyée par

Première Ovation, Murielle fut mentorée par le poète Alix Renaud pour l’écriture de

son recueil Trouble Optik – duquel vient le poème ici.

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Lisez au-dessus notre traduction français-anglais…


Murielle Jassinthe: The maternal angle / L’angle maternel

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Murielle Jassinthe

L’angle maternel  *  The maternal angle

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La langue de ma mère  *  The language of my mother

se tord en ma bouche  *  gets twisted in my mouth

attise la brûlure  *      fans the burn

à l’oeil nu     *         clear and direct

métallique  conte nocturne  *    metallic nocturne tale

ses chants de volaille  *    these birdsongs

ne se mangent   *      can only be eaten

que par la bouche colonial   *  by the colonial mouth

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digérés par ce vent de sel    *   digested by this saltwind

mes viscères rubiconds haïssent   *   that my bloody guts hate

les odeurs transfigurent   *   the smell transforms

ma veste ma peau d’être   *   my coat my skin myself

fort ce hâle qui me fait cuir   *  strong this browning that

davantage que le soleil  *   burns even more than sun

la main le regard   *   hand and eyes

m’ont fait cuire   *   have baked me.

_

je me sens  *  I feel

j’exhale    *  I exhale

danse pour la terre seule     *   dance for the earth

creuset de fièvre

                          *         alone feverish

verve lente douce  *   slow sweet verve

érosion qui s’inscrit  *  erosion that etches

en mes muscles  *   into my muscles

ma tête arabesque  *  my headband’s

est porte-étendard  *  a standard-bearer

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la langue de ma mère  *   my mother tongue

se tord en ma bouche.  *   writhes in my mouth.

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The poet states:

“I’m writing here about feelings of cultural dislocation.  The Haitian Creole language – that is, the mother tongue – that I have not mastered speaking.  This native language of my mother and father which is not mine.  All the same, there exist the words, my love of language to describe and to shout out my identity, suffering,  joy, injustice, love, desire, fear, etc:  The World in all its wonderful ugliness and tortuous beauty.   And I am proud, as well, of my people – Haitians – I am one of their blazing torches.”

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Résumé par le poète:

“J’écris à propos d’un sentiment de dépossession culturelle.  De cette langue créole, le

langue maternelle, que je ne maîtrise pas.  La langue maternelle de ma mère et de mon père

qui n’est pas la mienne.  Toutefois, il me reste les mots, mon amour de la langue pour

décrier et crier mon identité, la souffrance, la joie, l’injustice, l’amour, le désir, la peur, etc:

Le monde dans toute son admirable laideur et sa tortueuse beauté.  Aussi, je suis fière de

mon people, les Haïtiens, et j’en suis l’un des flambeaux.”

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Poem translation from French into English /

Traduction du poème, français-anglais:

Alexander Best – with/avec Murielle Jassinthe