Roch Carrier’s “Le chandail de hockey” / “The hockey sweater”: Canada’s Ol’ Time Religion
Posted: December 25, 2012 Filed under: English, French Comments Off on Roch Carrier’s “Le chandail de hockey” / “The hockey sweater”: Canada’s Ol’ Time Religion.
Religious fanaticism is rare in Canada, except for our devotion to the ice-hot God of Hockey – most especially for boys (and even girls) who grew up in Ontario and Québec. Fans of NHL games have soured on the sport as a “professional” manifestation, what with a decade of crassly-deliberate violence on the ice, not to mention the current “lock-out” making 2012-2013 a lost season. But the game itself, played by amateurs lucky enough to be skating on an outdoor rink, perhaps even under a starry sky, remains crisp, clear, good fun.
It’s Christmas Day…so we present to our readers the first page of Roch Carrier’s classic 1979 children’s story, The Hockey Sweater, here translated from French into English by Sheila Fischman:
“
The winters of my childhood were long, long seasons. We lived in three places – the school, the church, and the skating-rink – but our real life was on the skating-rink. Real battles were won on the rink, real strength appeared on the rink. The real leaders showed themselves on the skating-rink.
.
School was a sort of punishment. Parents always want to punish their children and school is their most natural way of punishing us. However, school was also a quiet place where we could prepare for the next hockey game, lay out our next strategies.
.
As for church, we found there the tranquility of God: there we forgot school and dreamed about the next hockey game. Through our daydreams it might happen that we would recite a prayer: we would ask God to help us play as well as Maurice Richard *…
“
Carrier’s first page in its original French:
Les hivers de mon enfance étaient des saisons longues, longues. Nous vivions en trois lieux : l’école, l’église et la patinoire : mais la vraie vie était sur la patinoire. Les vrais combats se gagnaient sur la patinoire. La vraie force apparaissait sur la patinoire. Les vrais chefs se manifestaient sur la patinoire.
.
L’école était une sorte de punition. Les parents ont toujours envie de punir les enfants et l’école était leur façon la plus naturelle de nous punir. De plus, l’école était un endroit tranquille où l’on pouvait préparer les prochaines parties de hockey, dessiner les prochaines stratégies.
.
Quant à l’église, nous trouvions là le repos de Dieu : on y oubliait l’école et l’on rêvait à la prochaine partie de hockey. A travers nos rêveries, il nous arrivait de réciter une prière : c’était pour demander à Dieu de nous aider à jouer aussi bien que Maurice Richard…
. . .
* Maurice ‘ The Rocket ‘ Richard (born Montréal, Québec, 1921-2000) was one of the early stars of professional hockey, playing for the Montréal Canadiens (The Habs) between 1942 and 1960. He was the first to score fifty goals in fifty games, and did so during the 1944-45 NHL season.
. . . . .
Poèmes de l’Angola et du Mozambique: Neto, Nogar, Rocha, Tavares et White
Posted: October 5, 2012 Filed under: Agostinho Neto, Eduardo White, French, Jofre Rocha, Paula Tavares, Rui Nogar | Tags: Poètes africains Comments Off on Poèmes de l’Angola et du Mozambique: Neto, Nogar, Rocha, Tavares et White
Agostinho Neto
(1922-1979, Angola)
.
Nuit
.
Je vis
dans les quartiers sombres du monde
sans lumière et sans vie.
.
Je marche dans les rues
à tâtons
appuyé sur mes rêves vagues
trébuchant sur l’esclavage
dans mon désir d’être.
.
Ce sont des quartiers d’esclaves
des mondes de misère
des quartiers sombres.
.
Où les volontés se sont diluées
et où les hommes se sont confondus
avec les choses.
.
Je marche en tâtonnant
dans les rues sans lumière
inconnues
encombrées de mystique et de terreur
bras dessus bras dessous avec les fantômes.
.
La nuit aussi est sombre.
.
Traduit du portugais par Jean-Michel Massa
. . . . .
Rui Nogar
(1935-1993, Mozambique)
.
Altruisme (au nom de Lavoisier)
.
Je veux mourir
en temps voulu
.
avec un cercueil de plomb
des larmes familiales
et un cadavre symétrique
.
mais un prêtre non mère
prends patience
le ciel que tu me destinais
sera le sol qui m’accueillera
.
et quand personne
ne fera attention
et que le plomb se fatiguera de la géométrie
et que tous me trouveront inutile
.
je retournerai à la terre en douceur
et de plein gré
de plein gré je vous le jure
.
Je rassasierai
des milliers de parasites
.
ceci pour qu’on ne dise pas
que je n’ai servi à rien.
.
Traduit du portugais par Marie-Claire Vromans
. . . . .
Jofre Rocha
(né en 1941, Angola)
.
Poème du Retour
.
Quand je rentrerai du pays de l’exil et du silence,
ne m’apportez pas de fleurs.
.
Apportez-moi plutôt toutes les rosées,
larmes d’aurores qui ont accompagné les drames.
Apportez-moi l’immense faim d’amour
et la plainte des sexes turgescents dans la nuit constellée.
Apportez-moi la longue nuit d’insomnie
des mères pleurant leurs bras vides d’enfants.
.
Quand je rentrerai du pays de l’exil et du silence,
non, ne m’apportez pas de fleurs…
.
Apportez-mois seulement, oh oui,
l’ultime désir des héros tombés à l’aube
une pierre sans ailes dans la main
et un filet de colère s’échappant de leurs yeux.
.
Traduit du portugais par Michel Laban
. . . . .
Paula Tavares
(neé en 1952, Angola)
.
“Les choses délicates se traitent avec soin.”
(Philosophie de Cabinda)
.
Tu m’as désossée…
.
Tu m’as désossée
soigneusement
m’inscrivant
dans ton univers
comme une blessure
une prothèse parfaite
maudite nécessaire
tu as détourné mes veines
pour qu’elles se vident
dans les tiennes
irrémédiablement
en toi un demi-poumon respire
l’autre, que je sache
existe à peine
.
Aujourd’hui je me suis levée tôt
j’ai enduit de “tacula” * et d’eau froide
mon corps enflammé
je ne battrai pas le beurre
je ne mettrai pas la ceinture
J’IRAI
vers le sud sauter l’enclos.
.
“tacula” * – poudre rouge utilisée comme cosmétique
.
Traduit du portugais par Michel Labon
. . . . .
Eduardo White
(né en 1963, Mozambique)
.
Nous sommes vieux.
Je suis vieux, émasculé.
Mais peut-être l’enthousiasme par lequel cet amour
a commencé
n’a-t-il maintenant plus d’importance,
pas plus peut-être que
l’office des corps,
le feu, l’eau, la vigueur;
et l’amour, mis en retraite
de tout cela,
vit maintenant de l’amitié
de ces deux vieux animaux
que nous sommes
si avertis.
.
Ce n’est pas de chanter qu’il vivra,
ni de se donner,
ni d’exister,
mais d’avoir fait
tout cela.
.
Traduit du portugais par Michel Laban
*
Poèmes d’une anthologie de l’éditeur Bernard Magnier
© les poètes eux-mêmes – ou leurs ayants droit
” Cette liberté d’écrire est une force étrange! ” : Six poètes du Nigeria
Posted: September 27, 2012 Filed under: Dan Anace, Ewi Adebayo Faleti, French, John Pepper Bekederemo Clark, Onookme Okome, Onuora Ossie Enekwe, Regina Eziagulu Obakhena | Tags: Poètes nigériens Comments Off on ” Cette liberté d’écrire est une force étrange! ” : Six poètes du Nigeria
John Pepper Bekederemo Clark
(né en 1935)
Abiku*
*(Selon une croyance Yoruba, l’Abiku est
l’enfant qui ne cesse de mourir et renaître.)
.
Tu vas tu viens depuis tant de saisons
Reste donc dehors sur le baobab
Suis où tu veux tes esprits familiers
Si la maison ne peut pas tu suffire.
C’est vrai, elle fuit, le chaume
Laisse passer le flot lorsqu’il déborde
Et les chauves-souris, les chouettes
Souvent la nuit s’engouffrent sous le toit.
Et quand vient l’harmattan les parois de bambou
Sont toutes prêtes pour le feu
Qui sèche le poisson sur les claies.
Elle a été pourtant la réserve salubre
De bien des doigts, et tant d’autres viendront
Tendus vers le soleil.
Cesse donc enfin d’enjamber notre seuil
Entre et demeure pour de bon.
Nous le savons, les cicatrices
Qui te strient le ventre et le dos
Comme par le bec de l’espadon
Et tes deux oreilles marquées
Comme d’un esclave domestique
Sont les traces de tes premiers passages.
Alors entre, entre pour de bon
Car ta mère a le corps fatigué
Fatigué, et le lait a surgi
Où tant de bouches réjouissent le coeur.
.
Traduit de l’anglais par Etienne Galle
*
Ewi Adebayo Faleti
(né en 1935)
Le Silence du Poète
.
Le jour où vous voyez un poète qui se tait
Ne soyez pas fâchés, il parle en son coeur.
Le jour où vous rencontrez un poète qui ne parle pas,
Ne soyez pas fâchés, il parle en son coeur.
Mais qui connaît les pensées du poète?
Qui peut connaître les pensées dans le coeur du sage?
Qui peut connaître le chant au bord des lèvres du chanteur?
L’eau qui n’impressionne pas le fermier,
Peut atteindre le coeur du poète, devenir océan,
Elle peut atteindre le coeur du poète, devenir lagune.
El la tempête qui connaît l’océan et la lagune,
Peut atteindre le coeur du poète
Et devenir brise.
Le coeur du poète accepte la lie,
Et il accepte le limon
Et l’eau claire de la source.
Mais si vous rencontrez un poète
Qui a la tête a l’envers et se tait
Ne soyez pas fâchés, ne dites pas de mal de lui.
En son coeur, le poete parle.
.
Traduit de Yoruba par Michka Sachnine
*
Onuora Ossie Enekwe
(1942 – 2010)
Avant la Guerre
.
Bêtes de la jungle
aux ongles de feu
surgissant bondissant
morsure et mare de sang
Dans la cité
langues d’acide
visages de flamme
regards de braise
Le poison pullule
au coeur de la nuit
les sorcières et les vautours copulent.
. . .
Après la Guerre
.
Dans la sombre cité des morts
par les rues solitaires
les chiens aboient sur les ombres rampantes
Par-dessus la rivière des murmures
le vent hurle ses saluts
Sous un lit
du village désert
un cadavre criblé de balles
mûrit ses os.
.
Traduit de l’anglais par Etienne Galle
. . . . .
Dan Anace
Shago
.
Le monde est un lieu où on laisse les autres
le monde est la danse des filles
celui qui est devant s’en va derrière
à l’heure du champion il n’y a qu’un champion
à l’heure des uns il n’y en a pas d’autres
un jour, par Allah, un autre jour
ce sera les autres, ce ne sera plus nous
et même si nous sommes là, ce sera sans force
et nous serons assis à côté de l’arène
et nous nous contenterons de crier
ce monde m’est doux aujourd’hui
ce monde un autre jour me sera amer
alors je serai mort ou vieillissant
un jour tu me verras incapable de jouer
les jours passent
Allah mène le jeu
par Allah, un jour, un autre jour
les jours passent, un homme s’en est allé
d’autres jours passent, un homme s’en est allé
et tu entends les proches qui pleurent
et c’est le jour où l’on partage ses biens.
.
Traduit du Haoussa par Etienne Galle
*
Regina Eziagulu Obakhena
Calamité
.
Tout comme la rosée sur la montagne
Tout comme l’écume sur la lessive
Tout comme l’inondation
Tout comme la tornade
Tout comme les pluies torrentielles
La Véracité s’en est allée
Les humains sont devenus des bêtes dans l’énorme forêt.
. . .
Le Bon Roi
.
Le roi te demande de parler
De dire ce qui est bon pour l’oie et pour le jars
La joie du peuple est la probité du roi
Notre roi l’a promis:
“La buse se perchera,
L’aigle se perchera”.
Le village qui aime le roi aime Dieu
Le village qui combat pour le roi combat pour Dieu
Le roi qui aime ses sujets pleure la mort du plébéian.
.
Traduit d’après une traduction anglaise de l’auteur
par Etienne Galle
*
Onookme Okome
(né en 1960)
Mon coeur a dit des choses
.
Cette liberté d’écrire est une étrange force!
Soudain sur une étrange idée suppliant
j’entends s’ouvrir un coeur,
puis choir prudentes les pages réprimées
du coeur,
je vois un peuple perdu dans la contrainte des choses
sans espoir, et je sais:
.
le silence en mon coeur a dit des choses
que je n’ai pas notées au registre sénatorial:
Je me rappelle la dernière saison, nous récoltions
les rires déchaînés dans les granges, maintenant
les poutres sont désertes; remplies de visages abattus.
.
Cette liberté d’écrire est une force étrange!
La légèreté de l’être m’entraîne
en cette folie
qui me laisse libre d’écrire.
.
Traduit de l’anglais par Etienne Galle
. . . . .
Tous les poèmes: d’une anthologie par Bernard Magnier
© : les auteurs des poèmes – ou leurs ayants droit
The Face of Summer: ひまわり Tornasol Sunflower Tournesol Girasole Girassol ひまわり
Posted: July 31, 2012 Filed under: English, French, Italian, Japanese, Portuguese, Spanish Comments Off on The Face of Summer: ひまわり Tornasol Sunflower Tournesol Girasole Girassol ひまわり
Mang Ke (1950 – )
Sunflower in the Sun (Excerpt)
きみは見たのか
陽光の中のあのひまわりを
見たまえ、うつむくこともなく
頭(こうべ)をうしろにふり向け
そっぽをむいてしまった
まるで一口に
あの頸にかけられた
あの太陽の手に引っ張られている縄を
噛み切ろうとするかのように
きみは見たのか
あの頭をもたげ
太陽に怒りの視線をなげかえすひまわりを
その首は太陽をさえぎるほど
その首はたとえ太陽のない時でも
やはり光の束を輝き放っている ….. …..
*
Mang Ke
Sunflower in the Sun (excerpt)
Do you see?
Do you see that sunflower in the sun?
You see, it didn’t bow its head
But turned its head back
As if to bite through
The rope around its neck
Held by the sun’s hands.
*
Do you see it?
Do you see that sunflower, raising its head
Glaring at the sun?
Its head almost eclipses the sun
Yet even when there is no sun
Its head still glows. ….. …..
Anónima
Invocación (un extracto)
Quédate bajo el brillo tornasol
o arrástrame
a tu sombría transparencia
Murciélago de luz
que sabe tanto de volar
como de sueño
agarrado
del techo
y de cabeza hacia la oscuridad.
Quédate bajo el brillo tornasol y arrástrame
a tu sombría transparencia
Soy sólo yo, a contracorriente
sólo mi corazón,
piedra vertiginosa
que rueda.
Dale Harris (New Mexico, USA)
Manzano Sunflowers
You missed Indian Market
And of course the sunflowers.
As usual they swept across August
At first a few, a yellow trickle along the fence line
Then more, making pools in the pasture
And splashing down into the “arroyo”
Then, incredibly many more,
Dappling the distance,
As though a giant hand had buttered the land.
*
Yet with the entire prairie to expand into,
They prefer crowds of themselves
They mass along the roadside,
Lined up as though a parade were about to pass.
Here and there one stands alone,
But not for long.
Soon his kin will come
And there will be sunflower squalor,
There will be sunflower squalor, a floral slum.
*
Once they are out,
They will not be ignored.
Stretching their skinny stalks,
They top our roof-line,
Press against the window screens,
And peep in at the door.
Familiar foot paths to the out buildings are obscured,
And from the road we seem afloat,
Our cabin, an odd tin boat
In a sea of sunflower faces.
*
They are the most staccato of flowers.
I catch them humming snatches of polkas
And John Philip Sousa marches,
Bobbing in the wind to the Boogaloo,
The Boogie Woogie and the Lindy Hop.
I call their names,
Clem, Clarissa, Sarah Jane
To try and tame them.
*
My neighbour comes by.
She has a field full
They’re useless, she complains.
Her horses can’t eat them.
I should hope not! I exclaim,
After she’s gone.
*
I don’t remember if you even liked sunflowers
But you liked Life
And they are all about that.
Today I wrote to your family, finally.
I expect they are occupying themselves,
With beautiful gestures
In order to get over the grief of you.
As for me, I have sunflowers…
Michèle Corti
Tournesol
Vieille fleur du Pérou au bel astre pareil,
Sunflower, Sonnenblume, Girasol, Girassole
L’oiseau trouve un abri sous ton grand parasol,
Au plus chaud de l’été, éclosent tes merveilles.
*
“Hélianthus annuus” ou même “grand soleil”
Tu envahis les champs de mille têtes fières
Qui rebrodent d’or pur notre dame la Terre
Frissonnante d’azur, émeraude et vermeil.
*
De ton coeur irradié par l’astre solennel
Va couler la douceur d’une huile flavescente
Radieux tournesol, sur ta tige puissante
Tu règnes glorieux, et parais éternel !
*
La folie de Vincent a cru, dans tes pétales
Entrevoir les grands feux d’un lointain paradis
Tu as su fasciner le grand peintre maudit
Qui, au milieu des champs recherchait les étoiles…
Eugenio Montale (1896-1981)
Portami il girasole ch’io lo trapianti
Portami il girasole ch’io lo trapianti
nel mio terreno bruciato dal salino,
e mostri tutto il giorno agli azzurri specchianti
del cielo l’ansietà del suo volto giallino.
*
Tendono alla chiarità le cose oscure,
si esauriscono i corpi in un fluire
di tinte: queste in musiche. Svanire
è dunque la ventura delle venture.
*
Portami tu la pianta che conduce
dove sorgono bionde trasparenze
e vapora la vita quale essenza;
portami il girasole impazzito di luce.
Lô Borges e Márcio Borges
Um Girassol da Cor do Seu Cabelo
(Letras cantada por Milton Nascimento)
Vento solar e estrelas do mar
a terra azul da cor de seu vestido
vento solar e estrelas do mar
você ainda quer morar comigo.
*
Se eu cantar não chore não
é só poesia
eu só preciso ter você por mais um dia
ainda gosto de dançar, bom dia,
como vai você?
*
Sol, girassol, verde vento solar
você ainda quer morar comigo
vento solar e estrelas do mar
você ainda quer morar comigo.
芝不器男 Fukio Shiba (1903-1930)
Sunflower Haiku
向日葵の蕊(しべ)を見るとき海消えし
Looking into the sunflower’s centre,
the sea has disappeared.
The Voice of Summer: セミ Cigarra Cicada Cigale Cicala Cigarra セミ
Posted: July 31, 2012 Filed under: English, French, Italian, Japanese, Portuguese, Spanish Comments Off on The Voice of Summer: セミ Cigarra Cicada Cigale Cicala Cigarra セミMatsuo Bashō (1644-1694)
セミ
静けさや
岩に滲み入る
蝉の声
shizukesaya
iwa ni shimiiru
semi no koe
utter silence
penetrating the rocks
the cicada’s voice
María Elena Walsh (1930-2011)
Como la Cigarra
Tantas veces me mataron,
tantas veces me morí,
sin embargo estoy aqui
resucitando.
Gracias doy a la desgracia
y a la mano con puñal
porque me mató tan mal,
y seguí cantando.
*
Cantando al sol como la cigarra
después de un año bajo la tierra,
igual que sobreviviente
que vuelve de la guerra.
*
Tantas veces me borraron,
tantas desaparecí,
a mi propio entierro fui
sola y llorando.
Hice un nudo en el pañuelo
pero me olvidé después
que no era la única vez,
y volví cantando.
*
Tantas veces te mataron,
tantas resucitarás,
tantas noches pasarás
desesperando.
A la hora del naufragio
y la de la oscuridad
alguien te rescatará
para ir cantando.
Roderic Quinn (Australia, 1867-1949)
The Song of the Cicadas
Yesterday there came to me
from a green and graceful tree
as I loitered listlessly
nothing doing, nothing caring,
light and warmth and fragrance sharing
with the butterfly and the bee,
while the sapling-tops a-glisten
danced and trembled, wild and willing
such a sudden sylvan shrilling
that I could not choose but listen
Green Cicadas, Black Cicadas,
happy in the gracious weather,
Floury-baker, Double-Drummer,
all as one and all together,
how they voiced the golden summer.
*
Stealing back there came to me
as I loitered listlessly
‘neath the green and graceful tree,
nothing doing, nothing caring,
boyhood moments spent in sharing
with the butterfly and the bee
youth and freedom, warmth and glamour
while Cicadas round me shrilling,
set the sleepy noontide thrilling
with their keen insistent clamour.
*
Green Cicadas, Black cicadas,
happy in the gracious weather
Floury-bakers, double-drummers
all as one and all together—
how they voice the bygone summers!
Marcel Pagnol (1895-1974)
La Cigale
Le soleil fendille la terre,
Aucun bruit ne trouble les champs;
On n’entend plus les joyeux chants
Des oiseaux qui chantaient naguère.
Tous par la chaleur assoupis
Sous les buissons se sont tapis.
Seule une cigale est sur l’aire.
*
Son ventre sonore se meut;
Sur une gerbe elle est posée;
Seule elle n’est point épuisée
Par l’astre à l’haleine de feu.
Et la chanteuse infatigable
Jette dans l’air brûlant et bleu
Sa ritournelle interminable.
Francesco Fabris Manini
La Cicala
La cicala del mattino frinisce
E mi sveglia su una tazzina di caffè
Bisbigliando gracili parole su ascolti assonnati
Di spettinati pensieri.
L’uscio s’apre al giorno con forzati ardori
Che dissolverà la sera sui passi
Di un solitario ritorno.
Olegário Mariano (1889-1958)
A Última Cigarra
Todas cantaram para mim. A ouvi-las,
Purifiquei meu sonho adolescente,
Quando a vida corria doidamente
Como um regato de águas intranqüilas.
*
Diante da luz do sol que eu tinha em frente,
Escancarei os braços e as pupilas.
Cigarras que eu amei! Para possui-las,
Sofri na vida como pouca gente.
*
E veio o outono… Por que veio o outono ?
Prata nos meus cabelos… Abandono…
Deserta a estrada… Quanta folha morta!
*
Mas, no esplendor do derradeiro poente,
Uma nova cigarra, diferente;
Como um raio de sol, bateu-me à porta.
正岡 子規 Masaoka Shiki (1867-1902)
セミ
tsuku tsuku boshi / tsuku tsuku boshi / bakari nari
nothing but
cic-cic-cicada
cic-cic-cicada
Le pizzazz de Josephine Baker: “Si J’étais Blanche” / Josephine Baker’s pizzazz: “If I were White”
Posted: May 21, 2012 Filed under: English, French, ZP Translator: Alexander Best Comments Off on Le pizzazz de Josephine Baker: “Si J’étais Blanche” / Josephine Baker’s pizzazz: “If I were White”
Si J’étais Blanche (1932)
Je voudrais être blanche
Pour moi quel bonheur
Si mes seins et mes hanches
Changent de couleur
*
Les Parisiens à Juan-les-Pins
Se faisaient gloire
Au soleil d’exposer leurs reins
Pour être Noires
*
Moi pour être blanche
J’allais me roulant
Parmi les avalanches
En haut du Mont Blanc
*
Ce stratagème
Donne un petit rigole
J’avais l’air dans la crème
D’un petit pruneau
*
Étant petite, avec chagrin,
J’admirais dans les magasins
La teinte pâle de poupées blondes
J’aurais voulu leur ressembler
Et je disais à l’air accablé
Me croyant toute seule brune au monde
*
Moi, si j’étais Blanche
Sachez que mon bonheur
Qui près de vous s’épanche
Garderait sa couleur
*
Au soleil c’est par l’extérieur
Que l’on se dore
Moi c’est la flamme de mon cœur
Qui me colore
*
Et si ma figure
Mon corps sont brunis
C’est parce que la nature
Me voulait ainsi
*
Mais je suis franche,
Dites-moi, Messieurs:
Faut-il que je sois Blanche
Pour vous plaire mieux ?
_____
If I were White (1932)
I’d like to be White
What a joy it would be
If my breasts and my thighs
Changed colour for me
*
The Parisians at * Juan-les-Pins
Grant themselves glory,
Get sun on their backs
So they can be Blacks
*
To make myself White
I went to the Alps
And rolled in an avalanche
At the peak of ** Mont Blanc
*
My strategy
Played a joke on me
– I seemed like a prune
In a blanket of cream
*
As a little girl I looked with ‘chagrin’
At the blonde dolls in stores
With their pale skin
I’d’ve liked to look like them,
And I’d say, overwhelmed:
I believe I’m the only brown girl in the world.
*
Me, if I were White,
Know that my happiness,
Which next to you flows,
Would keep its hue
*
Others by the sun
Get their golden glow
But the flame in my heart
Is what colours me so
*
And if my shape
And my figure are “bronze”
It’s because Nature
Wanted me this way
*
But, gentleman, tell me,
I’m going to be frank:
To please you all better
– Must I be White?
* Juan-les-Pins – resort town with beaches in the south of France; during the 1920s the “place-to-be” for the brand-new “fad” of suntanning – popularized by wealthy Europeans and Americans
* * Mont Blanc (literally, White Mountain) is snow-capped, and is the highest mountain in Europe
Josephine Baker (1906-1975) was born in St. Louis, Missouri, USA. She started out in near-poverty and at 12 years old she was dancing on street corners and living the life of a street child. Her birth coincided with the era of Ragtime and the evolution of Jazz – those first popular, native American musics that came out of Black-American life.
By the age of 16 – in 1921 – she’d made her way to New York City where the Harlem Renaissance was gathering steam. She worked as a dancer and chorus girl in Broadway revues. In 1925 she set out for Paris, where she became a sensation in an all-Black spectacle, La Revue Nègre. Her athletic style of dancing, her modern sexiness and humorous facial gestures were something the French had never experienced; she was a complete original.
There was a rage for all things “African” – mostly inaccurate – artifice for “exotic” effect – and impresarios tried to fit Baker into this mold. But she had so much natural joie-de-vivre, so much energy and inventiveness that she was up for all of it, and she subverted many ideas about race, gender and culture. She titillated audiences with her nudity and did the same when she wore a tuxedo and tophat with pomaded hair. Described by literary-‘macho’ Ernest Hemingway as “the most sensational woman anyone ever saw”, Baker also had love affairs with women such as Colette and Frida Kahlo. Biographer Bennetta Jules-Rosette writes: “Sidestepping the imprisonment by colonialist categories of Race through her performances, Baker transformed Race into a series of costume changes that foreshadowed the desire to be postmodern.”
She was a cheeky prankster and a clever self-promoter, using the gimmick of her pet cheetah, Chiquita – who wore a diamond collar – to enhance her “exoticism”; Baker would release the animal – an alter-ego of sorts ! – from the stage so it could go a-prowling in the orchestra pit and slinking through the theatre.
Yet the Black-American experience of her childhood – St. Louis, like many U.S. cities, was rife with segregation, Whites-Only “laws” – placed a fierceness at the core of her exuberance. Happily she became a French citizen in 1937, spied for France in Nazi-occupied Paris during World War II ( – Hitler’s belief in his “Master Race” included the exclusion of Blacks as well as Jews, and Baker’s husband during the 1940s was Jewish – ), receiving the Croix de Guerre, France’s highest honour. She adopted 12 children of different races and birth-nationalities, calling them “my Rainbow Tribe”, and raised them in a fantasy-château, realizing – in France, of all places – an oh-so-American Dream of wealth and celebrity.
Baker became fluent in her adopted country’s language, but sang also in English. We feature here one of her French “chansons” – “Si J’étais Blanche” (If I were White), from 1932 – which Baker performed in “white face”, wearing a blonde wig – an act of sophisticated minstrelsy that held up a double-mirror to the audience.
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French-to-English translation: Alexander Best
Poème pour Dimanche des Rameaux: “L’Âne” / “The Donkey”: a poem for Palm Sunday
Posted: April 1, 2012 Filed under: English, French, G. K. Chesterton, ZP Translator: Lidia García Garay Comments Off on Poème pour Dimanche des Rameaux: “L’Âne” / “The Donkey”: a poem for Palm Sunday
G. K. Chesterton
(1874-1936)
L’Âne
Quand les poissons volaeint et les fôrets marchaient
Et les figues poussaient sur les épines,
Lorsque la lune était sang
Á ce moment lá, je suis sûrement né.
Avec une tête monstrueuse et un braiement écouerant
Et les oreilles comme des ailes sans racines;
C’est la parodie marchante du Diable,
Sur ses quatre pattes.
Les brigands en loques de la terre,
D’ancienne volonté tordue;
M’affament, me fouettent; se moquent de moi: je suis muet,
Je garde mon secret en silence.
Imbéciles! Car j’ai aussi eu mon heure;
Une heure acharnée et douce;
Il y a eu un cri près de mes oreilles,
Et des rameaux devant mes pieds.
Traduction en français / Translation from English into French: Lidia García Garay
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G. K. Chesterton (1874-1936)
The Donkey
When fishes flew and forests walked
And figs grew upon thorn,
Some moment when the moon was blood
Then surely I was born.
With monstrous head and sickening cry
And ears like errant wings,
The devil’s walking parody
On all four-footed things.
The tattered outlaw of the earth,
Of ancient crooked will;
Starve, scourge, deride me: I am dumb,
I keep my secret still.
Fools! For I also had my hour;
One far fierce hour and sweet:
There was a shout about my ears,
And palms before my feet.
Poisson d’Avril / All Fools Day
Posted: April 1, 2012 Filed under: Boris Vian, French Comments Off on Poisson d’Avril / All Fools Day
Un poisson d’avril
Un poisson d’avril
est venu me raconter
qu’on lui avait pris
sa jolie corde à sauter.
*
C’était un cheval
qui l’emportait sur son coeur
le long du canal
où valsaient les remorqueurs.
*
Et alors – et alors –
un serpent – un serpent –
s’est offert comm’ remplaçant
Le poisson – le poisson
très content – très content –
est parti à travers champs.
*
Il sauta si haut
qu’il s’est envolé dans l’air
il sauta si haut
qu’il est retombé dans l’eau
Boris Vian
(1920-1959)
Murielle Jassinthe: Des corps champêtres
Posted: March 6, 2012 Filed under: French, Murielle Jassinthe Comments Off on Murielle Jassinthe: Des corps champêtres
Jassinthe écrit de son poème:
“Je parle de deux sans-abris toxicomanes. N’ayant nul autre abris que les berges d’un
fleuve en ville, ils y dorment. La solitude les isolent et les pousse à se rapprocher
physiquement. La drogue et l’amour physique les aident à oublier le froid, la solitude,
leur être.”
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D’origine haïtienne, Murielle Jassinthe naît à Québec en 1982.
Elle poursuit une maîtrise à la Chaire de recherche du Canada en
littératures africaines et francophones à l’Université Laval où elle
œuvre en tant qu’auxiliaire de recherche.
En 2010, les Éditions Bruno Doucey publient trois de ses poèmes
au sein de l’anthologie Terre de femmes, 150 ans de poésie féminine en Haïti.
En 2011, au Lantiss (à Laval), elle y campe le double rôle d’actrice et d’assistante
à la mise en scène, matérialisant ainsi La mort de soi dans sa longue robe de Mariée,
l’une des œuvres du dramaturge haïtien contemporain Guy Régis Jr.
Aussi en 2011 – Bénéficiaire d’une bourse en création littéraire octroyée par
Première Ovation, Murielle fut mentorée par le poète Alix Renaud pour l’écriture de
son recueil Trouble Optik – duquel vient le poème ici.
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Lisez au-dessus notre traduction français-anglais…
Murielle Jassinthe: The maternal angle / L’angle maternel
Posted: March 6, 2012 Filed under: English, French, Murielle Jassinthe, ZP Translator: Alexander Best Comments Off on Murielle Jassinthe: The maternal angle / L’angle maternel_____
Murielle Jassinthe
L’angle maternel * The maternal angle
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La langue de ma mère * The language of my mother
se tord en ma bouche * gets twisted in my mouth
attise la brûlure * fans the burn
à l’oeil nu * clear and direct
métallique conte nocturne * metallic nocturne tale
ses chants de volaille * these birdsongs
ne se mangent * can only be eaten
que par la bouche colonial * by the colonial mouth
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digérés par ce vent de sel * digested by this saltwind
mes viscères rubiconds haïssent * that my bloody guts hate
les odeurs transfigurent * the smell transforms
ma veste ma peau d’être * my coat my skin myself
fort ce hâle qui me fait cuir * strong this browning that
davantage que le soleil * burns even more than sun
la main le regard * hand and eyes
m’ont fait cuire * have baked me.
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je me sens * I feel
j’exhale * I exhale
danse pour la terre seule * dance for the earth
creuset de fièvre
* alone feverish
verve lente douce * slow sweet verve
érosion qui s’inscrit * erosion that etches
en mes muscles * into my muscles
ma tête arabesque * my headband’s
est porte-étendard * a standard-bearer
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la langue de ma mère * my mother tongue
se tord en ma bouche. * writhes in my mouth.
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The poet states:
“I’m writing here about feelings of cultural dislocation. The Haitian Creole language – that is, the mother tongue – that I have not mastered speaking. This native language of my mother and father which is not mine. All the same, there exist the words, my love of language to describe and to shout out my identity, suffering, joy, injustice, love, desire, fear, etc: The World in all its wonderful ugliness and tortuous beauty. And I am proud, as well, of my people – Haitians – I am one of their blazing torches.”
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Résumé par le poète:
“J’écris à propos d’un sentiment de dépossession culturelle. De cette langue créole, le
langue maternelle, que je ne maîtrise pas. La langue maternelle de ma mère et de mon père
qui n’est pas la mienne. Toutefois, il me reste les mots, mon amour de la langue pour
décrier et crier mon identité, la souffrance, la joie, l’injustice, l’amour, le désir, la peur, etc:
Le monde dans toute son admirable laideur et sa tortueuse beauté. Aussi, je suis fière de
mon people, les Haïtiens, et j’en suis l’un des flambeaux.”
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Poem translation from French into English /
Traduction du poème, français-anglais:
Alexander Best – with/avec Murielle Jassinthe












